Persévérance : 7 Leçons Stoïques

Persévérance : 7 Leçons Stoïques

« Sois semblable au promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser : il reste debout, et autour de lui l'agitation des eaux s'apaise. »
— Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, IV, 49

La question de savoir pourquoi et comment tenir occupe la philosophie depuis des siècles. Albert Camus a comparé notre condition à celle de Sisyphe, condamné à remonter éternellement son rocher. Autrement dit : exister, c'est déjà persévérer.

Les stoïciens ont un avantage sur la plupart des penseurs qui ont écrit sur ce sujet. Ils ne l'ont pas seulement théorisé. Sénèque a connu l'exil en Corse puis l'ordre de se donner la mort. Épictète est né esclave et a été chassé de Rome par Domitien. Marc Aurèle a gouverné pendant la peste antonine et passé la moitié de son règne en campagne militaire. Ce qu'ils écrivent sur l'endurance, ils l'ont pratiqué.

1. Accepter ce qui arrive

« Ne demande pas que les événements arrivent comme tu le veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et ta vie s'écoulera heureuse. »
— Épictète, Manuel, VIII

C'est le principe de l'amor fati : aimer ce qui arrive, non parce que tout serait bon, mais parce que la contestation permanente de la réalité épuise sans rien changer.

Accepter son sort ne veut pas dire se réjouir du malheur. Cela signifie reconnaître que les difficultés font partie de la trame d'une vie, et non d'un accident qui vous viserait personnellement. Cette reconnaissance libère l'énergie que la révolte consommait, et cette énergie devient disponible pour agir.

2. Ne pas se plaindre

« Ceci m'est-il supportable ? Alors supporte-le sans te plaindre. Cela m'est-il insupportable ? Alors ne te plains pas davantage : ce qui te détruit disparaîtra en même temps que toi. »
— Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, X, 3

La distinction est utile : ressentir une émotion et la partager avec quelqu'un, c'est sain. Se répéter à soi-même qu'on va échouer, c'est autre chose. La première conduite décharge, la seconde installe.

Se plaindre rend la charge plus lourde, parce qu'elle ajoute au fardeau le commentaire permanent du fardeau. Marc Aurèle observe que l'esprit peut rendre supportable presque n'importe quoi, à condition de ne pas travailler contre lui-même.

3. Se rappeler que rien n'est définitivement à nous

« Ne dis jamais de rien : "Je l'ai perdu", mais : "Je l'ai rendu". Ton bien t'a-t-il été enlevé ? Il a été rendu. "Mais celui qui me l'a pris est un méchant homme." Que t'importe par quel intermédiaire celui qui te l'avait prêté te l'a redemandé ? »
— Épictète, Manuel, XI

La formule est dure, et Épictète ne cherchait pas à consoler. Il cherchait à corriger une erreur de comptabilité : nous traitons comme des possessions définitives des choses qui nous étaient prêtées, la santé, les proches, la situation, le temps.

Cette leçon a des échos dans notre propre littérature. Dans Les Misérables, Jean Valjean traverse le bagne, la traque et la perte sans jamais renoncer à faire le bien. Il incarne exactement cette idée stoïcienne : les circonstances ne décident pas de la valeur d'un homme, sa conduite en décide.

4. Ne pas rester immobile

« Le plus grand gaspillage de la vie, c'est l'ajournement : il nous prend chaque jour à mesure qu'il vient, il nous enlève le présent en nous promettant l'avenir. Le plus grand obstacle à la vie, c'est l'attente, qui dépend de demain et perd aujourd'hui. »
— Sénèque, De la brièveté de la vie, IX

Persévérer n'est pas endurer passivement. C'est un acte. On ne persévère pas en se refermant jusqu'à ce que l'orage passe : on persévère en cherchant, chaque jour, quelle action juste est encore possible aujourd'hui.

Sénèque insiste sur un point précis : nous organisons soigneusement ce qui dépend de la fortune, et nous négligeons ce qui dépend de nous. L'inversion de cet ordre est tout le travail.

5. Exiger mieux, ne pas se résigner

« Jusques à quand attendras-tu pour te juger digne de ce qu'il y a de meilleur ? Tu n'es plus un enfant, mais un homme fait. Si tu es négligent et paresseux, si tu remets toujours au lendemain, tu ne t'apercevras pas que tu ne progresses point, et tu vivras et mourras comme un homme ordinaire. »
— Épictète, Manuel, LI

Quand une épreuve dure, la tentation n'est pas d'abandonner d'un coup : c'est de s'habituer. On revoit ses exigences à la baisse, on s'installe dans une situation qu'on n'aurait jamais acceptée au départ.

Le stoïcisme accepte l'existence de la souffrance ; il n'a jamais demandé de s'y complaire. Rangez la pièce. Demandez un meilleur traitement. Défendez votre cas. Accepter ce qui ne dépend pas de vous et exiger ce qui en dépend, ce n'est pas contradictoire : c'est la même distinction appliquée deux fois.

6. Cesser de s'infliger une double peine

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur les choses. »
— Épictète, Manuel, V

Une grande partie de ce que nous endurons est ajoutée par nous. Comparez deux phrases : « j'ai perdu ce poste parce que je suis nul » et « j'ai perdu ce poste parce que je n'avais pas telle compétence ». La première est un verdict, la seconde est un constat. Seule la seconde indique quoi faire ensuite.

Se traiter d'incapable ne répare rien et alourdit tout. Ramener les faits à leur description exacte, sans commentaire moral sur soi, c'est déjà la moitié du travail stoïcien.

7. Utiliser ce que l'on a

« À propos de chaque chose qui t'arrive, souviens-toi de rentrer en toi-même et de chercher quelle faculté tu possèdes pour en faire usage. »
— Épictète, Manuel, X

Devant la difficulté, la première impulsion est de fuir ou de frapper. Épictète propose un troisième geste, plus lent : faire l'inventaire de ce dont on dispose déjà. La patience, si c'est une épreuve de durée. La franchise, si c'est un conflit. Le sang-froid, si c'est une urgence.

Presque rien n'exige une réaction immédiate. Prendre le temps de choisir sa réponse n'est pas de la passivité, c'est la condition pour que la réponse soit la bonne.

Sept citations stoïciennes sur la persévérance

  1. « Nous souffrons plus souvent de ce que nous imaginons que de ce qui arrive réellement. » — Sénèque, Lettres à Lucilius, XIII, 4
  2. « Je te juge malheureux de n'avoir jamais été malheureux. Tu as traversé la vie sans adversaire : personne ne saura ce dont tu étais capable, pas même toi. » — Sénèque, De la Providence, IV
  3. « Demande-toi : pourquoi cela est-il insupportable ? Pourquoi ne puis-je le supporter ? Tu auras honte de la réponse. » — Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VIII, 36
  4. « Construis ta vie action après action, et sois satisfait si chacune atteint sa fin autant qu'il est possible : personne ne peut t'en empêcher. » — Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VIII, 32
  5. « Il dépend de toi de n'avoir aucune opinion sur cette chose, et de ne pas t'en troubler l'âme. » — Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VI, 52
  6. « Il ne t'est pas interdit de vivre bien : il te suffit d'être indifférent à ce qui ne mérite pas ton attention. » — Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, XI, 16
  7. « Faire le meilleur usage de ce qui dépend de nous, et prendre le reste comme il vient. » — Épictète, Entretiens, I, 1

Pour aller plus loin : Découvrez notre guide complet du stoïcisme : définition, philosophes, exercices et principes fondamentaux.

Lisez aussi : Fuir n'est pas guérir | 3 Stratégies face aux Regrets


Textes sources. Citations reprises des éditions françaises de référence, librement consultables : Marc Aurèle, Épictète et Sénèque dans la bibliothèque de textes antiques de Philippe Remacle.

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