La dichotomie du contrôle selon Épictète : ce qui dépend de nous
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Vous préparez une présentation importante. Vous pouvez la travailler, vérifier vos chiffres et arriver à l’heure. Vous ne pouvez pas décider à l’avance de la réaction de la salle. Pourtant, on a facilement tendance à juger toute la journée à partir de cette réaction.
La dichotomie du contrôle désigne une distinction stoïcienne : certaines choses dépendent de nous, d’autres non. Dans le premier chapitre du Manuel, Épictète cite notamment l’opinion, le vouloir, le désir et l’aversion parmi ce qui dépend de nous. Le corps, les biens, la réputation et les charges publiques relèvent de ce qui n’est pas entièrement en notre pouvoir.
Pourquoi parle-t-on de « contrôle » ?
« Dichotomie du contrôle » est le nom moderne le plus connu de cette idée. Épictète écrit plutôt « ce qui dépend de nous » et « ce qui n’en dépend pas ». La différence n’est pas seulement stylistique. Le mot contrôle peut faire croire que nous pouvons commander nos émotions, nos actes et leurs résultats à tout instant. Ce n’est pas ce que garantit le texte.
Épictète décrit surtout notre faculté de juger, de choisir une intention et d’orienter notre effort. Les circonstances peuvent empêcher une action d’aboutir. Un refus, une décision extérieure ou un événement imprévu peuvent défaire un projet. Le résultat final ne nous appartient donc jamais entièrement.
Ce qui dépend de vous ne signifie pas « tout maîtriser »
Reprenons la présentation. Sa réussite dépend aussi de la salle, du temps disponible, de questions imprévues et de décisions qui ne vous appartiennent pas. Vous pouvez néanmoins choisir la préparation que vous apportez, la façon de répondre à une question et le soin que vous mettez dans votre travail.
Vous pouvez agir pour obtenir un résultat sans faire de ce résultat la mesure de votre valeur. Cette distinction n’interdit ni l’ambition ni l’effort. Elle évite plutôt de remettre tout son équilibre entre les mains d’un verdict extérieur.
Épictète ne transforme pas non plus sa philosophie en retrait du monde. Plus loin dans le Manuel, il parle de l’utilité que l’on peut apporter à ses amis et à sa patrie. Se concentrer sur ce qui dépend de nous, c’est pouvoir agir avec plus de justesse, même lorsque l’issue reste incertaine.
Un exercice simple en deux colonnes
Prenez une situation qui vous occupe en ce moment. Tracez deux colonnes sur une feuille. Dans la première, notez ce qui relève de votre jugement, de vos choix et de vos efforts. Dans la seconde, notez ce qui dépend d’autres personnes ou des circonstances.
Par exemple, pour une candidature : préparer un dossier honnête et l’envoyer à temps relève de votre action ; la sélection finale, le nombre de candidats et le calendrier de l’entreprise ne vous appartiennent pas. Écrivez ensuite une action que vous pouvez réellement faire aujourd’hui. Le but n’est pas de déclarer le reste sans importance. Il s’agit de ne plus confondre ce que vous pouvez faire avec ce que vous pouvez garantir.
Est-ce une philosophie fataliste ?
Non. Le stoïcisme ne demande pas d’attendre passivement que les événements décident de tout. Il demande de faire sa part, sans exiger que l’univers obéisse à notre plan. Épictète invite à choisir ce que nous pouvons choisir, puis à rencontrer le résultat tel qu’il se présente.
La formule peut donc soutenir une action plus entière : vous préparez la présentation, vous défendez votre idée et vous écoutez les réponses. Vous ne vous racontez pas que vous contrôlez la salle. Vous ne renoncez pas non plus à y prendre la parole.
Par où commencer pour la pratiquer ?
Commencez par un seul événement, pas par toute votre vie. Quand quelque chose vous contrarie, posez-vous cette question : « Quelle part de la situation est réellement entre mes mains maintenant ? » Puis nommez une action précise. Si aucune action n’est possible, le prochain geste peut être de ne pas ajouter à l’événement une conclusion que vous ne connaissez pas encore.
Notre guide du stoïcisme présente les autres idées qui donnent son sens à cette pratique. Pour les découvrir dans un parcours progressif, L’Initiation propose quatorze jours de lectures et d’exercices stoïciens.
Texte à lire
Épictète, Manuel, I et XXIV : traduction de J.-M. Guyau sur Wikisource.